Semaine de Rencontres Islamo-Chrétiennes 2016 à Châtenay-Malabry

Le Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne de Châtenay-Malabry et l’Association de Bienfaisance de Châtenay-Malabry  ont fêté  cette année le cinquième anniversaire de la quinzaine « Al Andalus, rencontre des cultures » organisée en novembre 2011. Deux manifestations étaient au programme : 

  • La première rencontre s’est déroulée le 27 novembre à l’Institut Andalus. Elle a réuni une cinquantaine de personnes sur le thème « Les manifestations de l’amour dans nos traditions », ce fut un moment très fort au cours duquel témoignages et interventions ont permis de découvrir différentes facettes du mystère que peut représenter l’amour dans la vie de chacun d’entre nous, dans nos cultures, nos histoires et les textes de nos traditions.

Nous avons écouté avec émotion le chanteur Idir déclamer la  « Lettre à ma fille »

Pierre et Marie Agnès Chollet, engagés localement au niveau associatif, nous ont donné l’occasion, au travers différents faits, vécus ici et maintenant à Châtenay-Malabry « de contempler le monde dans lequel Dieu nous donne vie, de le contempler pour y percevoir son Amour à l’œuvre … ». Élargissant leur champ de vison, ils nous ont rappelé que « des personnes incarnent de façon particulièrement frappante un amour qui transforme le monde. » Ils ont cité  « Mère Teresa de Calcutta, bien connue, qui a donné sa vie pour être au côté des plus pauvres … François d’Assise qui a osé le dialogue avec les musulmans au temps des croisades. En conclusion ils ont fait  profession de foi : «  Nous croyons que Dieu est amour et que laisser passer l’amour par nous, c’est participer à son œuvre de création. Nous croyons qu’ainsi nous goûtons déjà à la Joie, la Paix et l’Espérance de la vie éternelle. »

Hafid Hamid Cherif, amoureux de la culture populaire et du terroir algérien a pointé du doigt une différence de culture entre une « Société de pudeur » et une « Société de liberté », une « Culture de l’arrondi » et une « Culture de la ligne brisée et de l’angle droit ». Pour dire l’amour au Maghreb, on utilise des « mots de contournement », on passe par le sacré et/ou par l’art. Et les textes de poésie sont de pure merveille. Hafid Hamid Cherif nous a fait découvrir que la langue arabe utilise le même mot pour dire l’amour et le verbe semer : « Aimer c’est semer le bien de la miséricorde divine ». Il a conclu : « L’amour c’est la miséricorde, l’hospitalité et le partage et si certains disent : Je pense donc je suis, je dirai quant à moi j’aime donc j’existe. »

La parole donnée à la salle a montré combien cette introduction de la rencontre avait résonné en chacun des participants, les uns récitant de très beaux vers de la tradition andalouse, les autres revenant sur le témoignage de Pierre et Marie Agnès.

Jean-Claude Bée, voit dans l’accueil, l’écoute et la reconnaissance de l’autre qui s’expriment entre chrétiens, entre musulmans et entre chrétiens et musulmans au sein du Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne de Châtenay-Malabry, une manifestation de l’amour. Commentant ensuite Luc  10, 25-37, « parabole du bon samaritain » et Luc 7, 36-50, « parabole de la pécheresse pardonnée et aimante », il montre comment cet amour s’exprime et se manifeste dans le soin que l’on a pour les autres ; les manifestations de  l’amour ne sont pas que du domaine de l’esprit, elles se concrétisent dans des gestes, le corps a aussi sa place. Après avoir développé ce dernier point, il conclut : « Aimer quelqu’un c’est aussi se laisser aimer par l’autre ».

Philippe Kabongo M’Baya très sensible à l‘expression de l‘amour dans les poèmes dits en langue arabe, souhaite différencier « les portes qui nous amènent à l’amour – elles peuvent être la beauté de l’autre, son intelligence, sa sagesse, son rayonnement – et l’amour lui-même ». Il rappelle qu’il y a dans l’amour une fragilité ainsi qu’une prise de risques : « Que faire lorsque l’être aimé perd l’un ou l’autre de ses attributs ? ». Pour lui, la « Culture de courage » qui caractérise la culture protestante ouvre à une compréhension de l’amour qui fait de l’amour une grâce. Après la lecture des versets 1 à 8 de Lettre de Saint Paul apôtre aux Corinthiens, il conclut « Aimer c’est se réjouir que l’autre soit  »

Mohamed Bachir Ould Sass rappelle les dimensions verticales et horizontales de l’amour ainsi que sa présence innée au plus profond de chacun d’entre nous, que cette présence soit perceptible ou non. « Aimer c’est avoir vis-à-vis de l’autre une attention bienveillante et savoir semer le grain de la miséricorde divine… Pardonner est une manifestation de l’amour…Amour et miséricorde… Amour et hospitalité… Amour et partage… ». Il rappelle que si François d’Assise est une belle figure de l’histoire, il ne faut pas oublier le grand Saladin, un homme bienveillant qui avait, contrairement aux habitudes de l’époque, laissé la vie sauve aux habitants de Jérusalem reconquise[1].  Et il conclut après avoir raconté l’accueil d’une jeune journaliste athée par une maman algérienne croyante et âgée :  « On peut donner sans aimer mais on ne peut pas aimer sans donner ».

  • La seconde rencontre initiée par l’Institut Andalus dans le cadre des échanges du Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne s’est déroulée le 3 décembre au théâtre de La Piscine de Châtenay-Malabry :   “Le chant andalou à la rencontre du fado et du flamenco

Ce sont plus de 500 personnes qui se sont retrouvées pour un concert particulièrement signifiant avec pour thème : “Le chant andalou à la rencontre du fado et du flamenco”… Trois cultures sur scène,  le ténor algérien Ahmed Larinouna unissait sa voix à celle de Jenyfer Rainho, chanteuse portugaise, et de Cecilia Fernandez,  chanteuse espagnole, pour des chants consacrés à l’amour et ce  en compagnie d’une danseuse de flamenco et de musiciens des trois genres (guitare portugaise, guitare fado, guitare flamenco, derbouka, tar, piano et violon).

Ce fut un concert entre mélancolie et joie de vivre, entre musique savante et musique populaire,  pour un public particulièrement divers et enthousiaste.

Mustapha Kordjani    Jean-Pierre Bacqué

[1] Hafid Hamid Cherif rappellera un peu plus tard qu’Abdelkader, une autre belle figure de l’islam, sauva des milliers de chrétiens en 1860 lors du massacre de Damas