La prière dans nos religions

« Les mots hostilité et hospitalité ont même origine, saurons-nous choisir et vivre une hospitalité réciproque?»

Philippe Kabongo M’Baya

8 janvier 2015

Groupe Interreligieux Châtenay-Malabry

« Que l’homme retrouve son humanité dans le visage de l’autre »

Mohamed Bachir Ould Saas

27 juillet 2016

 

Le Groupe Interreligieux de Châtenay-Malabry a organisé le 19 novembre 2019, en liaison avec le Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne de Châtenay-Malabry, une rencontre « Coin du feu élargie» sur le thème « La prière dans nos religions ». Entre 30 et 40 personnes, juives, catholiques, musulmanes et protestantes se sont retrouvées à la Mosquée-Centre Culturel Andalus de Châtenay-Malabry.

Par-delà les différences liées à nos différentes traditions, il apparait clairement que la prière est pour chacun une démarche vers Dieu, un pont, pour le croyant une source d’énergie !

Les interventions

David Ederly, rabbin

Dans le Judaïsme, la prière a pour but de créer le pont qui va me relier à l’Eternel, au Créateur. Elle n’est pas uniquement un moyen qui me permettrait  d’obtenir ce que je  demande : Ce que nous méritons, Dieu nous le donnera. Mais Dieu attend qu’on lui parle, il veut que nous nous tournions vers lui.

Il y a trois prières dans la journée et les textes de référence sont en hébreu. La prière peut être personnelle ou communautaire. Aller à la synagogue pour prier c’est mieux mais ce n’est pas une obligation. A la synagogue on ne sort les rouleaux de la Thora que si 10 personnes sont présentes.

A la différence du Shabbat, la prière n’est pas un fondement du judaïsme alors que le shabbat et la lecture de la Thora, le sont.

Dominique Doyhènart, prêtre

La prière peut être personnelle, se développer dans des groupes, s’exprimer lors de la prière communautaire par excellence qu’est la messe. Au cours de cette liturgie, nous devenons quelque chose qui nous dépasse, des êtres de communion. « Prenez et mangez en tous, c’est le Seigneur qui est en vous »… l’assemblée devient le Corps du Christ.

On peut dire que la prière comporte trois phases, le «Pardon», le «Merci, le «S’il te plait » … Pardon pour le mal que l’on a fait, louange pour tout ce que l’on a reçu, demande pour que Dieu nous transforme dans le sens dans lequel il souhaite que nous allions.

Plus que demander quelque chose à Dieu, prier c’est être présent à ce qu’il veut nous donner.

Mohamed Bachir Ould Saas, imam

En islam, la notion de prière renvoie à deux pratiques essentielles : l’invocation (Du’â) et la (Salat). Cette dernière est une adoration spécifiée et requise religieusement dans des moments bien définis (cinq par jour en principe) sachant qu’elle doit être précédée par un protocole codifié en termes de propreté rituelle.

La seconde pratique de la prière en islam à savoir le Dou’â se caractérise par le fait qu’elle peut se faire à tout moment sans aucune condition préalable au sens rituel.  Il s’agit des invocations spirituelles permettant au sujet-corroyant de vivre sa Foi, de se libérer de l’angoisse et de se rassurer en faisant appel à Dieu Tout-Puissant et Tout-Miséricordieux.

« Et si Mes serviteurs t’interrogent à mon sujet.et bien Je suis Proche : Je réponds à l’appel de celui qui m’invoque lorsqu’il m’invoque…» (Coran, sourate n°2 verset n°186)

Vincens Hubac, pasteur  

Dans la tradition protestante, il y a deux grands principes : « La toute-puissance de Dieu » et la « Grâce ». Le poids de la grâce vient nous remettre debout et nous faire vivre  malgré le péché des hommes qui est très lourd devant ce Dieu en majesté.

Dans le culte, les psaumes sont très présents et se succèdent la prière d’intercession      -après avoir entendu la parole de Dieu-, la prière de grâce, la prière de repentance, la prière d’invocation – demande d’aide à l’Esprit pour que les fidèles retirent le maximum de choses des lectures- . Lors du partage de l’eau et du vin, il y a présence de Jésus Christ.

Prier c’est rendre grâce, remercier Dieu, lui présenter notre vie, trouver la force d’être en accord avec les autres et avec Dieu et dans la contemplation, laisser l’Ineffable rejoindre toutes les sagesses du monde.

Des paroles à la suite de questions formulées

David Ederly, rabbin

A Sodome, Abraham, poussière et cendres, conscient qu’il était un mortel, a amorcé une discussion avec Dieu, maitre du monde. Il a demandé à Dieu de sauver Sodome sans demander quelque chose pour lui… c’est le vrai sens de la prière…

Dominique Doyhènart, prêtre

Le 2ème Concile du Vatican a donné une belle définition du royaume de Dieu, c’est la communion des hommes entre eux et avec Dieu, ce vers quoi nous marchons. La prière est faite pour la communion des hommes entre eux et avec Dieu. Pour moi c’est la boussole, que la prière soit personnelle ou communautaire.

Vincens Hubac, pasteur 

La prière d’intercession est un dialogue avec Dieu. Si je reçois la grâce, j’ai envie de ne pas oublier les autres… souffrance des prisonniers qui ont peur d’être oubliés… Dans le monde chrétien, la souffrance du Christ est quelque chose d’extraordinaire…

La prière de révolte est aussi une prière… Le pourquoi fasse au mal ! La prière de Job est le cri d’alarme d’un homme qui reste fidèle à Dieu malgré les malheurs qui lui tombent dessus… Dire ce qui nous pèse, pour nous décharger est aussi une prière…

Mohamed Bachir Ould Saas, imam

Dans la vie de tous les jours, dans l’aisance et dans l’adversité, on a tous le droit de prier, de s’adresser à Dieu.  On a tous le droit de rechercher la sérénité et la paix intérieure via la prière, la médiation et toute autre action sincère. Plusieurs chemins offrent à l’être humain la possibilité de s’épanouir et d’obtenir le Salut Eternel. Il y a la prière, l’invocation, la bienfaisance, la générosité, la reconnaissance, la gratitude, la solidarité, le fait d’être au service des autres…etc. Toutes ces bonnes actions contribuent à l’obtention de la paix intérieure et le bonheur partagé.

La conférence débat a été suivie de discussions libres autour d’une table garnie,

Grand merci à nos hôtes !

Jean-Pierre Bacqué

04/03/2020